Raymond JOLY
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 LE NOUVEAU FRANC par Mazard

 LA TAILLE DIRECTE

Page mise à jour le 25 octobre 2006

 LE NOUVEAU FRANC par Mazard

La création du Nouveau Franc, raconté par Mazard dans son "Histoire Monétaire et Numismatique Contemporaine" (éditions Bourgey).

Les mesures de déflation prises en 1948 et I949, puis en I952, tout comme sur le marché, de l'or les prescriptions libérales qui succédaient à celles de coercition, ne provoquèrent que de courts répits dans l'affaiblissement continu du franc.

En I949-I950, la balance des échanges s'était cependant améliorée au point que le Gouvernement songea à reprendre la fabrication des monnaies d'argent ; la loi du 27 mai I950 prévit qu'il serait frappé des pièces de 1oo francs au titre de 720 mm pour un montant de 50 milliards de francs.

En attendant que les pièces aient pu être fabriquées en nombre suffisant, précisait le texte - en réalité en attendant que les conditions psychologiques soient réalisées - il était prévu qu'une pièce de type transitoire en cupronickel serait mise en circulation. La monnaie d'argent ne vit ' jamais le jour, par contre, celle transitoire (type Cochet) fut mise en utilisation à partir de 1954.

La loi du 27 mai I950 ordonnait également la fabrication de pièces en métal commun de 50, 20 et 10 francs dont les caractéristiques furent fixées par un arrêté du 7 juin I95o. Le type fut déterminé par voie de concours, le choix du Ministre se détermina sur le projet du graveur Guiraud.

Alors que le Franc semblait se trouver au bord de la faillite, l'accession d'Antoine Pinay stoppa pour un temps l'inflation des prix et des moyens de payement. Le franc semblait entrer en convalescence, mais la guerre d'Indochine à peine terminée, celle d'Algérie prenait le relais suscitant de nouveaux risques pour la monnaie. Dans le désarroi politique des premiers mois de l'année I958, la prise en mains des destinées du Pays par le Général de Gaulle allait-il renouveler le choc psychologique susceptible d'arrêter la désagrégation du franc ?

Après le référendum du 28 septembre 1958 qui donnait à la France une cinquième constitution républicaine, il ne fut douteux pour aucun financier ou économiste, que la réforme institutionnelle appelait une réforme monétaire dans la ligne de l'expérience Pinay, ce dernier revenu aux Finances.

Depuis plusieurs années l'idée séduisante d'une " devise forte " prenait forme. Déjà en I953, René Sédillot rappelait que " pendant les quelques semaines au cours desquelles il avait repris le portefeuille des Finances, Paul Reynaud avait songé à restaurer la sécurité des contrats en créant une monnaie de compte, plus ou moins définie en or, et qu'il eût appelée la Livre française. Un autre projet se fit jour, ce fut le projet de monnaie lourde, selon lequel la loi déplacerait la virgule des prix de deux chiffres vers la gauche de façon à multiplier par ioo la définition des prix. L'idée pouvait faire sourire parce qu'il ne s'agissait que d'un artifice comptable et parce que sa réalisation qui pouvait avoir des vertus psychologiques, n'était concevable qu'à l'heure de la stabilité ".

 

L'idée fut reprise et les milieux financiers s'attachaient déjà à trouver une appellation pour la nouvelle devise, alors que le Gouvernement publiait des démentis sans conviction. Les pleins pouvoirs accordés au Gouvernement pouvaient permettre la réalisation brusquée d'une réforme monétaire. Ce fut l'oeuvre de l'ordonnance 58-1341 du 27 décembre I958.

"A compter d'une date qui sera fixée par décret et au plus tard le ler janvier 196o, il sera créé une nouvelle unité monétaire française dont la valeur sera égale à 1oo francs. Jusqu'à cette date il n'est rien modifié au régime actuel. "

Ce texte dans sa brièveté, ne constituait que l'artifice comptable préconisé par certains. Bien qu'il précisât qu'il n'était rien modifié au régime en vigueur, il prenait sur le plan extérieur effet immédiat car il prescrivait qu' " à dater de l'ordonnance, les cotations des monnaies seraient exprimées en centaines de francs ".

Pour être valable la réforme devait s'accompagner d'une nouvelle évaluation du Franc. Afin de se maintenir dans les marges des accords de Bretten Woods, les experts financiers conseillaient de porter le dollar au cours rond de 500 francs. Ces propositions qui consacraient la dépendance de la nouvelle devise à une monnaie étrangère n'étaient pas pour satisfaire le Chef de l'État. Le journal La Vie Française relate comment fut fixée la valeur du nouveau franc : " Le Gouverneur de la Banque de France proposa mieux. Donnons au " Franc une définition Or : 2 mg au titre de 9oo mm, soit 18o mmg d'or fin. Le général de Gaulle approuva aussitôt. Il quitta son ton paternel " pour le ton impérati£ Le taux du franc était fixé. "

La création du franc de Gaulle consacrait en fait comme en droit, une nouvelle dévaluation qui ne fut pas relevée par l'opinion publique ; et qui était cependant de I4,93 %. [...]

Parité du Franc et de l'Or

DATE

VALEUR DE
20 FRANCS

PRIX DU LINGOT
DE 1 KILO

EN MILLIGR.

OBSERVATIONS

Du 17 germinal an XI au ler août 1914

20 F

3,444,44 F

290,32

 

Fin 1919

41 F

7,300 F

137

Traité de Versailles

juillet 1926

123 F

21,000 F

30

 

Décembre 1926

85 F

14,000 F

60

 

Juin 1928

100 F

16,900 F

58,95

Franc Poincaré.

Fin 1937

202 F

33,065 F

38,70

Franc Auriol.

Septembre 1939

267 F

46,914 F

21,20

Début de la guerre.

Décembre 1945

4250 F

134,027 F

7,46

Accords de Bretten-Woods.

Décembre 1948

5975 F

807,000 F

1,10

 

Décembre 1950

3930 F

524,000 F

2,10

 

juin 1955

2510 F

423,000 F

1,40

Gouvernement Pinay.

Mai 1958

3940 F

522,000 F

2,05

Gouvernement de Gaulle.

Décembre 1958

3580 F

516,000 F

1,90

 

Mai 1959

3490 F

561,000 F

1,80

Institution du Nouveau Franc

 

 

Le 28 décembre 1958, le Journal Officiel publiait l'ordonnance signée la veille par le général de Gaulle, le chômage des jours fériés devant déjouer toute spéculation.

Le Gouvernement s'était accordé l'année I959 pour la mise en place technique de la nouvelle monnaie, dont l'acte de baptême, destiné à couper court aux efforts d'imagination de publicistes en mal d'invention (franc-lourd ? gallia?), résulte de la circulaire ministérielle du 19 novembre 1959, laquelle précise que notre devise garderait le nom de Franc.

 

Le changement d'étalon monétaire impliquait, sinon le retrait, immédiat ou à court délai, des coupures métalliques en circulation, du moins l'arrêt des fabrications selon les anciens types. Il fallut prévoir de nouvelles coupures en " nouveaux " francs, distinctes des précédentes et ne prêtant pas à confusion, ainsi qu'en centimes ressuscités.

Le Ministre des Finances, afin de rattacher la monnaie nouvelle au système de germinal, décida que la pièce de 1 franc, celle-ci en nickel, serait du type de la " Semeuse " de Roty ; cette même empreinte fut étendue à la pièce d'argent de 5 francs.

Les presses du quai Conti purent ainsi être mises en marche presque sans délai, les poinçons de la pièce de 1 franc, inutilisés depuis 192o, se trouvant à disposition ; pour la pièce de 5 francs, on eut recours à l'essai de 1898 qui n'avait pas été utilisé pour des fabrications courantes par suite de l'arrêt des émissions de ces écus d'argent. Ces fabrications accélérées ont porté pour I959 sur 17 1o8 ooo exemplaires de la pièce de 5 francs et 62 320 ooo de celle de 1 franc.

En ce qui concerne les pièces de 50, 2o et 1o centimes, il fut nécessaire de créer un nouveau type. A ces fins un concours fut institué qui permit au Ministre de fixer son choix sur un projet du graveur Lagriffoul pour le droit et du graveur Dieudonné pour le revers. La constitution de l'outillage de frappe nécessitant d'assez longs délais, les fabrications à ces types ne purent commencer qu'en 1962.

Quant aux pièces de 5 et 1 centime, elles furent frappées selon le type créé par l'atelier de gravure. Le poinçon, fort bien venu en taille directe, le prix du métal (acier inoxydable), impliquèrent des difficultés et un coût élevé de fabrication. On dut assez rapidement renoncer à la pièce de 5 centimes, laquelle fut remplacée par une réduction des types Lagriffoul-Dieudonné en bronze d'aluminium.

Une semblable substitution se fit pour la pièce de 50 centimes dont les caractéristiques prêtaient, avec celle de 2o centimes, à une confusion gênante pour le public. La pièce de 50 centimes " Lagriffoul " fut donc retirée de la circulation et remplacée par celle d'un demi-franc du type " Semeuse " et réalisée en nickel.

 

Enfin, pour consacrer la valeur et la stabilité de la nouvelle monnaie, le Gouvernement ordonna en 1964 la fabrication d'une pièce de 1o francs qui fut frappée au poinçon de l'Hercule de Dupré ; ainsi, et pour la quatrième fois au cours de notre histoire monétaire, l'admirable trilogie servait d'empreinte à nos monnaies.

 

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 LA TAILLE DIRECTE

Raymond Joly remit au goût du jour avec brio la technique de la Taille Directe, présentée ci-dessous, et qui lui valut son surnom de "Tailleur de Fer".

 

Source : ouvrage de Mme Yvonne Goldenberg, conservateur du Musée de la Monnaie

 

 

  

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