Raymond JOLY
maître-graveur


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Raymond JOLY
GRAVEUR GENERAL
de la Monnaie de Paris
(1958-1974)

 

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 NOMINATION

 1958-1959 : CONTINUITE

 1959 : LE NOUVEAU FRANC

 MONNAIES FRANCAISES FRAPPEES PAR JOLY

 MONNAIES OUTREMER, MONACO ET ETRANGER FRAPPEES PAR JOLY

 MEDAILLES

 

Page mise à jour le 15 juillet 2005

 

 EVENEMENTS ET INNOVATIONS :
Le Nouveau Franc (1960-1974)

Le Nouveau Franc
événement fondateur (1959)

En cloture le 1er choc pétrolier
(1973)

Des défis magistralement relevés

La Monnaie se tourne vers les collectionneurs

Une qualité de frappe exemplaire

L'après-Joly

 

L'ère JOLY s'ouvre sur cet événement qu'est le changement monétaire vers le Nouveau Franc.

Il s'effectuera le 1er janvier 1960, et sera immédiatement concrétisé par un changement record de tous les types monétaires en même temps (même si les anciens francs, transformés en " nouveaux centimes ", continueront de circuler quelques années … )

Les monnaies françaises du règne de JOLY reprennent 4 thèmes forts et populaires, particulièrement réussis puisqu’ils auront une longévité record en nombre d’années de frappe, et seront particulièrement aimés du public :

 Semeuse (1/2 F, 1F, 2F, 5F)

 Epi (1c, 2c, 5c)

 Marianne (5c, 10c, 20c, 50c)

 Hercule (10F, 20F)

L'événement fondateur : le Nouveau Franc (1959)

 

Nouveaux Types, Nouveaux Métaux, Nouvelles Techniques :
un saut dans la modernité

Des types monétaires entièrement renouvelés, d'une beauté et d'une longévité exceptionnelles

Un défi économique, politique, esthétique et technique

 

L’événement fondateur de l’ère Joly est le Nouveau Franc, préparé dès la fin 1958, et entré en vigueur le 1er janvier 1960.

Le défi, auquel est confronté Joly dès les premiers mois suivant sa prise de fonction, consiste à renouveler toute la gamme de monnaies circulantes en un temps très court :

de nouveaux métaux, de nouvelles gravures, de nouvelles valeurs,
à faire aimer et adopter au public très rapidement pour que le Nouveau Franc " prenne "
et que l’ancien Franc soit aussi vite oublié que le régime politique qui lui était associé.

Le retour de la Semeuse

Joly répondra d’abord à ce défi, en remettant au goût du jour d’anciennes gravures comme la Semeuse de Roty (et plus tard l’Hercule de Dupré), qu’une partie du public connaissait déjà puisque la Semeuse avait circulé jusqu’à 32 ans auparavant (1928).

 
1 F argent 1914 IIIè République

 
1 F nickel 1959 Vè République

La Semeuse (1F et 5F) sera, pour les espèces métalliques, dès 1960,
la 1ère concrétisation du Nouveau Franc dans le public.
L'utilisation de l'argent et d'une belle tranche en relief pour la 5F,
et celle du beau nickel pur pour la 1F,
renforceront la confiance et l'attrait du public pour ces nouvelles monnaies.

La 5F sera frappée en 1959 à 17 1o8 ooo exemplaires, et la 1F à 62 320 ooo exemplaires, le tout au millésime 1960. On connait aussi pour 1959 les essais et pré-séries correspondants.

L’introduction de cet élément de stabilité, remis au goût du jour par l’utilisation de métaux et de techniques de gravure modernes, fera beaucoup pour asseoir rapidement le succès du Nouveau Franc.

 

Dans un second temps, Joly répondra à ce défi par l'introduction de nouvelles gravures novatrices :

Le nouveau type Epi

Son graphisme enfantin et rassurant, avec des pièces en inox, métal "moderne", lourdes par rapport à leur taille, et qui viennent remplacer avantageusement les pauvres 1 F en alu, au graphisme désuet et impersonnel, marquées par tant d’événements malheureux, usées jusqu’à la corde… Ainsi, 1 centime de Nouveau Franc pèserait donc plus lourd qu’1 Ancien Franc ! Le symbole politique et économique était évident.

 

Le type épi fera son apparition dans le public en 1961 avec la 5c et en 1962 avec la 1c, la 2c étant abandonnée au stade de projet. Ce type est en gestation dès 1959, comme en témoignent les pré-séries en divers métaux et modules retrouvées pour ces valeurs (voir médailliers).

Le nouveau type Marianne

En 1961, est lancé un concours pour les valeurs intermédiaires (10c, 20c, 50c), qui verra l’apparition du type "Marianne", hybride avec à l’avers le portrait de Marianne du graveur Lagriffoul, et au revers la valeur faciale, au graphisme élégant du graveur Dieudonné.

Le type Marianne fera son apparition dès 1962 avec les 10c, 20c et 50c,
et en 1966 avec la 5c, qui viendra remplacer la 5c Epi arrêtée en 1964 pour des raisons de coût
(cet aménagement s'accompagne aussi du remplacement de la 50c Marianne,
qui était confondue avec la 20c par le public, par la 1/2 F Semeuse en 1965).

Le retour de l'Hercule de Dupré

Enfin à partir de 1965, réapparaît le type "Hercule de Dupré" en argent, déjà maintes fois utilisé pour les espèces métalliques françaises au XVIIIè et au XIXè siècle, et couronnement concret du "Franc Lourd", au sens propre : 10 Francs pesaient alors 22,5 g d’argent !

 
5 F argent 1878 IIIè République


10 F argent 1964 Vè République

Même si ces pièces n’ont jamais vraiment circulé, plutôt stagnantes dans les tiroirs des grands-parents, lourd et impressionnant cadeau d’anniversaire aux petits-enfants, qui parfois n’en pouvaient plus d’accumuler ces pièces qu’il n’était pas question d’utiliser pour acheter des bonbons…

 

Projets

L'ère de Joly se caractérise aussi par une recherche perpetuelle, avec de multiples projets dont la plupart n'ont pas vu le jour, mais qui témoignent de l'inventivité et de l'art du Graveur Général.

On peut citer les projets de 2 F 1959, de 5 c 1962 Coq, 5 c 1962 Marianne (portrait repris pour les monnaies d'Outremer), 5 F et 10 F 1969 Semeuse, 20 F 1973, ...

Un catalogue de ces projets reste à faire, nous présentons, dans les pages "Médaillier" du site, ceux qui sont connus à ce jour.

En clôture de l'ère Joly : le 1er choc pétrolier (1973)

La 10F Hercule fut achevée par le 1er choc pétrolier, Joly conçut alors une 20F Hercule légèrement plus grande et plus lourde (mais "seulement" 27 g d'argent, donc pas 2 fois plus que la 10F), projet de 1973 qui ne vit jamais le jour que sous forme de rarissimes essais en argent et même en or,
pour laisser à la place à l’identique 50 F Hercule (27 g d’argent, soit – 76 % par rapport à la 10F…).

 

Et pour mémoire, en 1982, au fil des chocs pétroliers et dévaluations successives, 100 Francs ne pesaient plus que 13,5 g d’argent, soit – 94 % par rapport à la 5 F type 1960...


En 2001, la valeur de l’argent contenu dans la pièce de 100 Francs n’était plus que de 17 Francs!
Une bonne affaire… pour l’Etat.

Mais cette dépréciation continue n'est bien sûr pas du fait du Graveur Général, qui ne fait qu'adapter les types monétaires à la conjoncture, à la demande des autorités.

Ainsi dès 1970, l'argent de la 5 F aura déjà été remplacé par du cupro-nickel.

Des défis magistralement relevés par Joly et son atelier

Au-delà du défi économique (restaurer une monnaie forte), politique (faire oublier la IVè République et marquer la modernité de la Vè), esthétique (de belles monnaies), Le Nouveau Franc était aussi un défi technique :

des monnaies à frapper rapidement en grandes quantités pour remplacer au plus vite les espèces circulantes. Donc un circuit d’élaboration et de décision des nouveaux types monétaires rapide.

Là encore, la remise au goût du jour d’anciennes gravures, répondra parfaitement aux exigences. Les premières pré-séries et essais voient le jour courant 1959, et la frappe commence en 1959, soit avant même la promulgation du nouveau Franc.

Ces défis, Joly, l’Atelier de Gravure et les Ouvriers de la Monnaie, les relèveront magistralement, avec des types monétaires d'une stabilité étonnante, qui étaient toujours aussi populaires 42 ans après leur création. Ils ont finalement été " tués " non par la lassitude du public, mais par l’euro (qui conservera tout de même une Semeuse stylisée, et une Marianne relookée).

Une partie du public regrettera même les anciens types lors de l’apparition du fade euro…Ce sera encore plus vrai avec les billets, où la tradition d’excellence française sera définitivement balayée en 1 jour, le 1/1/2002 à 0h. Mais à part ces considérations esthétiques d’un autre âge, l’indispensable euro a été rapidement adopté, et semble jouer aujourd’hui le rôle de monnaie forte qu'on lui a assigné, concurrent non négligeable du roi dollar (même si une monnaie forte porte en elle d’autres inconvénients, non négligeables, …).

Innovation : la Monnaie se tourne vers les collectionneurs

sous Joly, la Monnaie de Paris fait sa révolution et se tourne vers les collectionneurs, complètement ignorés jusque là*, avec en 1964 la création des séries FDC annuelles, et celle des séries de piéforts annuelles.

Avant l’ère Joly, les collectionneurs n’avaient que les pièces courantes de circulation, et la recherche des essais, qui ne sont à cette époque pas tirés pour les collectionneurs mais pour les personnalités, afin de présenter et faire connaitre les nouvelles monnaies.

Les essais-piéforts quant à eux, traditionnellement produits à 104 ex en début de frappe d’une nouvelle série, n’étaient pas non plus destinés aux collectionneurs.

Ces tirages pour collectionneurs permettront ou accompagneront le développement progressif de l’interêt du grand public, précurseur du boom des séries numismatiques, au début des années 80,
avant l'engouement pour les séries €uro.

Séries annuelles FDC

 

il s'agit de séries annuelles destinées aux collectionneurs, comprenant l'ensemble des monnaies métalliques circulantes du millésime, en présentation spéciale : étui plastique, scellé à partir de 1968, dans un emballage cartonné siglé "Monnaie de Paris". Les pièces sont frappées à cadence réduite, avec des coins neufs, sur des flans parfaits, et sont soigneusement sélectionnées une à une avant leur emballage.

Le prix de vente est peu élevé, entre 20 et 55 Francs de l'époque selon les années.

La tradition de frappe de ces séries se poursuivra jusqu'en 1990, remplacées progressivement depuis 1986 par les séries dites "BU" (Brillant Universel), pour adopter une terminologie internationale, encore frappées actuellement avec les séries d'euros annuelles.

Essais-Piéforts

 

à ne pas confondre avec les piéforts ci-dessous, il s'agit de frappes d'essai effectuées en général la 1ère année de frappe d'un nouveau type. Ces frappes sont au double de l'épaisseur normale du type, marquées du mot essai, et tirées à un petit nombre d'exemplaire (Joly adoptera le nombre de 104 ex), en frappe médaille.

Joly poursuivra cette tradition, qui lui est antérieure, de 1959 à 1970, la 5 F Semeuse semblant être la dernière valeur ayant eu un essai-piéfort.

Séries annuelles Piéforts

 

Directement destinés aux collectionneurs, les piéforts sont des tirage au double d'épaisseur des pièces circulantes, en général en métal commun, en argent, et en or.

Joly procède à la fabrication de piéforts d'abord la 1ère année de frappe de ses nouveaux types, puis en 1968 pour toutes les valeurs, puis à partir de 1971 annuellement pour toutes les valeurs (or, argent, métal commun).

Cette tradition de frappe des piéforts cessera dans les années 1990 (année à préciser, dès que la Monnaie de Paris voudra bien diffuser quelques informations sur le sujet...).

NB : pas de pièces commémoratives sous l'ère Joly, qui ne commenceront qu’en 1984 avec la 100F Marie-Curie, et en 1988 pour les 1 F (1F De Gaulle). La Monnaie de Paris exploitera ensuite à fond ce "filon" auprès des collectionneurs, avec la sortie annuelle de plusieurs commémoratives de collection, souvent à des prix prohibitfs...

Une qualité de frappe exemplaire

L’ère Joly est marquée par une qualité de frappe irréprochable:
la fabrication est encore en partie artisanale, extrêmement contrôlée.

On ne pouvait faire moins pour mettre en valeur les nouveaux types monétaires, et l'utilisation de métaux lourds et nobles (nickel, argent) pour faire oublier l'alu de la guerre et de la IVè République...

Ainsi, on ne connaitra pas, dans les années Joly, de FDC fautées, avec des traces de doigts, des monnaies abimées dès leur sortie de presse, conséquence de l’industrialisation, des grandes séries, du règne du marketing échevelé, visant à transformer le collectionneur en pigeon à plumer (voir la profusion des commémoratives en tous genres, là aussi postérieure au mandat de Joly), annonçant l’explosion de ces produits lors de l’avènement de l’euro.

On voit par tous ces éléments, innovation, longévité des types, interêt des numismates, que JOLY fut à la fois un artiste et un technicien hors pair dans sa fonction, visionnaire et inspiré, et qu’il accompagna l’avènement du Nouveau France comme peu auraient pu le faire.

 

L'après-Joly

 
A l’âge de la retraite, en avril 1974, Raymond Joly-Clare laisse son fauteuil de Graveur Général de la Monnaie à Emile ROUSSEAU 1974-1994 (différent : dauphin),
qui aura comme 1ère tache de traduire le 1er
choc pétrolier dans les monnaies françaises :

 argent : abandon des 10 F Hercule au profit d'une 10 F en cupro-nickel (type Mathieu), non-frappe des 20F Hercule, au profit d’une 50 F Hercule !

 épi : déclin puis disparition de la 1c, liée au renchérissement du coût de la vie, au point que le coût de fabrication de la 1c devenait prohibitif au regard de sa valeur faciale, et de ses possibilités d’utilisation dans la vie courante ! à part caler les armoires et servir dans les cours de récréation, la 1c et ses sœurs 1 AF alu et 2 AF alu ne circulaient plus depuis quelques années déjà.

 abandon de la frappe des essais-piéforts pour les nouveaux types

Le départ de Joly coïncide aussi avec une réorganisation en profondeur, un autre âge pour la Monnaie, l'âge industriel, avec l'ouverture de l'atelier monétaire de Pessac le 1er septembre 1973. Les frappes courantes quittent le prestigieux Quai de Conti, désormais voué aux frappes pour collectionneurs et aux médailles.

Pour le reste, Rousseau témoignera d’une continuité totale, et poursuivra sans changement les types Semeuse et Marianne, en amplifiant les tirages des séries FDC et des piéforts (jusqu’à la disparition progressive de ces derniers au début des années 1990, faute de public), en lancant les séries BU (Brillant Universel), les séries BE (Belle Epreuve) et les commémoratives en tous genres (à partir de 1984).


Continuité aussi pour le Graveur Général suivant, Pierre RODIER (différent : abeille), qui maintiendra les types lancés par Joly jusqu’à son départ en 2001, dernière année du Franc.

Ceux-ci perdureront aussi sous les " Chefs de l’Atelier de Gravure "* qui suivront RODIER, jusqu'à la fin du Franc, et son remplacement par l'€.

Et pour ne pas trop dépayser le public, il sera même choisi, lors du concours de 1996, de conserver une figure de Marianne sur les 1 eurocent, 2 eurocent et 5 eurocent, et une Semeuse stylisée sur les 10 eurocent, 20 eurocent, et 50 eurocent...

 

 

* le titre de Graveur Général ne fut plus attribué après RODIER, étant réservé au Premier Prix de Rome, qui n’était plus attribué.

 

 

 

  

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